J-58
Il reste cinquante-huit jours.
Cinquante-huit petits matins avant de fermer la porte de cette maison, de charger les chiens dans la voiture et de prendre la route vers le nord.
Je ne pars pas en vacances.
Je pars chercher autre chose.
Depuis plusieurs années, j’ai le sentiment d’habiter un endroit qui ne me ressemble plus. Pas seulement une région, mais une façon de vivre qui ne m’apporte plus la sérénité dont j’ai besoin. Les journées semblent se répéter, le bruit prend trop de place et j’ai parfois l’impression d’avancer sans respirer vraiment.
Alors je m’en vais.
Non pas pour tourner le dos à mon pays, mais pour me rapprocher de moi.
Dans quelques semaines, ce sera le Danemark.
La mer du Nord, le vent qui balaie les plages, les pluies que tant de gens redoutent et que, moi, j’attends presque avec impatience. Une langue dont je ne comprends pas un mot. Des saveurs nouvelles. Une lumière différente. Un rythme plus calme, peut-être. Une façon d’habiter le temps autrement.
Je n’idéalise pas ce qui m’attend, ce n’est pas notre premier départ. Il y aura certainement des moments de doute, des habitudes à réinventer, des jours moins simples que d’autres.
Mais il y aura aussi cette sensation précieuse d’être à nouveau curieuse. D’ouvrir les yeux comme une enfant qui découvre un monde inconnu.
Au fond, ce voyage n’est peut-être pas une fuite.
C’est une quête.
Celle d’un endroit où le vent, la pluie, les embruns et les grands espaces m’aideront à retrouver cette paix intérieure que je sens, depuis longtemps, m’appeler vers le Nord.
Plus que cinquante-huit jours.
Et j’ai déjà un pied sur la route.

