Il y a des voyages qui ressemblent à des cartes postales.
Les nôtres ressemblent davantage à une respiration.
Depuis plusieurs semaines, nous avançons lentement, au rythme du ciel, de la pluie, des éclaircies et de nos propres besoins. Ici, pas de grandes randonnées héroïques sous des trombes d’eau. Juste quelques parenthèses dehors pour sentir l’odeur de la terre mouillée, écouter le vent glisser dans les arbres et laisser la pluie picoter nos visages quelques minutes avant de rentrer au chaud.
Et puis il y a les chiens.
Leurs pattes pleines de boue, leurs regards heureux, leur excitation dès qu’une porte s’ouvre. Dans une maison, on râlerait probablement un peu plus. Dans un studio minuscule, cela devient presque drôle. Une sorte de chaos tendre qui fait partie du voyage. Du vrai voyage. Celui qui ne sent pas toujours la lavande et les draps propres mais qui laisse des traces de vie partout.
Les longues journées de pluie ont quelque chose d’étrangement précieux.
Quand il n’y a rien d’autre à faire que ralentir. Jouer un peu. Composer de la musique. Monter des vidéos. Faire quelques touches d’aquarelle pendant que le ciel hésite entre gris clair et gris foncé derrière les fenêtres.
Et puis soudain, le soleil revient.
Alors nos pas nous emmènent vers les sous-bois, les rivières, les petits chemins humides. Parfois jusqu’à une friterie. Parfois jusqu’à ce petit endroit parfait où l’on mange des gaufres et des glaces avec le sentiment très simple d’être exactement là où il faut être. Ce sont des journées de pique-niques improvisés, de photos, de vidéos, de fatigue heureuse au retour. Cette fatigue saine qui dit qu’on a vraiment vécu sa journée.
Nous profitons de la Belgique autant que possible.
Pas seulement comme une destination. Plutôt comme un sas de décompression avant le grand saut.
Car derrière ces balades et ces moments suspendus, il y a une vérité moins romantique : quitter sa maison, son village, ses habitudes et ses amis est un bouleversement immense. On pense parfois que la Belgique, “ce n’est pas si différent”. Mais quand on quitte son quotidien, même les plus petites différences deviennent immenses. Ce n’est pas juste un autre pays. C’est une autre manière de vivre, d’habiter le temps, de chercher ses repères.
Le confort, quand on le quitte, devient très vite de l’inconfort.
Et il faut réapprendre l’équilibre.
Je crois qu’au bout de six semaines, nous y sommes enfin parvenus.
Nous sommes cinq à partager cette aventure et, pour la première fois depuis le départ, je crois que nous sommes réellement apaisés. Comme si quelque chose en nous avait cessé de résister. Le premier pas était probablement le plus difficile. Maintenant, il est derrière nous.
Bientôt, un autre ailleurs nous attend : le Danemark.
Le vent. La mer. Une autre lumière. Une jolie maison près de l’eau. Une autre façon de vivre encore.
Puis viendront la Suède et la Finlande.
Et après ?
Dans deux ans, peut-être la fin du périple. Peut-être pas.
Parce qu’au fond, nous avons déjà compris quelque chose d’important : on ne décide pas toujours vraiment de l’endroit où l’on termine. Parfois, on avance simplement là où le vent pousse doucement nos vies.

